Je suis totalement tétanisée. Mon réveil sonne dans une bonne heure, mas je ne peux pas rester une seconde de plus sans allumer toutes les lumières de mon appartement.
Les cauchemars sont revenus,
cette fois-ci c'est un matin, il fait beau, il est tout juste 7h, je viens de me lever. J'ai l'impression que c'est vraiment en temps réel. Il fait déjà bien soleil, quelqu'un sonne à ma porte.
J'ouvre sans regarder par l'œilleton, car il fait soleil, et que c'est le matin, et que je ne regarde jamais par l'œilleton, de toutes façons. Je pense que la cause du cauchemars est là, l'œilleton inutilisé. Mes parents m'ont toujours dis de m'en servir.
De l'autre côté de la porte, un homme, la quarantaine, pas franchement joli, mais une allure de papa, le visage un peu rond, il sourit, dit qu'il est un voisin d'un étage en dessous.
Je ne connais pas le motif de sa venue mais je l'invite. Il entre, je fais des choses, comme m'habiller, me préparer, il me raconte des choses, des histoires, sa vie, il me semble. Il a l'air cultivé.
Puis je lui dis que je vais prendre mon petit déjeuner. Et qu'ensuite, je devrais partir pour 8h. Il n'y voit pas d'inconvénient et me demande la moitié de chacune de mes tartines de beurre.
À la dernière tartine, je lui dis qu'il va bientôt devoir retourner chez lui, très gentiment, mais seulement pour l'alerter de l'heure qui avance.
Il fait signe de ne pas m'entendre, demande une dernière tartine, et là, soudain, j'ai le sentiment très clair, qu'il ne compte finalement peut-être pas partir.
Je finis les tartines extrêmement crispée, mais je sais, je connais la suite. Je finis les tartines, je lui ordonne de sortir, il me dit qu'il aimerait bien rester encore. Je lui dis que je dois partir à l'école, j'ouvre la porte et le pousse à l'extérieur, et je le vois encore, revenir, m'agrippant par le cou en agitant mon trousseau de clé. Quand j'ai vu qu'il avait mes clés dans la main, je me suis suis sentie totalement perdue.
J'ai hurlé, tout en me disant que dans une situation pareil, je ne sais pas si je parviendrai à hurler. J'ai hurlé en regardant une dernière fois la porte des voisins, que je sais endormis à cette heure. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'hurlais que le mot "Dix-huit ans!", alors que ce n'est même plus mon âge.
Ça a été la dernière chose avant qu'il ne me force à rentrer une bonne fois pour toute, avec lui, chez moi. Je me suis réveillée avant la suite, à cause d'une peur beaucoup trop grande.